Que fait le psychanalyste ?

 

 

 

Le psychanalyste est un passeur, il fait passer ses patients des rives de leurs symptômes aux rivages agréables à vivre et à être des continents de leurs désirs les plus profonds.

 

Mais comment fait-il cela ?

 

La fin de l’analyse est assimilée chez Lacan à la « jouissance Autre », définie ci-dessous, c’est en étant à l’écoute de celle-ci, à travers les pulsions de ses patients, que le psychanalyste va pouvoir les accompagner sur ce chemin qui est à chaque fois différent, authentique et unique à chacun.

 

La jouissance Autre au niveau Inconscient, dite « jouissance Féminine » chez Lacan, est à comprendre comme toujours autre, toujours nouvelle : c’est donc celle de la créativité, de la performance, une jouissance qui trouve ses limites mais dans le plaisir. Voici un exemple très simple : fumer une cigarette dans la journée est un plaisir, fumer la cartouche de cigarettes dans la même journée devient destructeur. La différence ? Dans la première solution on trouve à la fois le plaisir de fumer la cigarette et le plaisir de ne pas la fumer. En clair, nous restons dans un plaisir toujours renouvelé.

 

A ne pas confondre avec la perversion qui passe à l’acte et refuse toute contrainte, prenant l’autre pour un objet, ou avec la jouissance dite « des mystiques » qui pourraient se prendre pour Dieu, dans une toute-puissance.

 

Le psychanalyste va donc amener le patient jusqu’à cette jouissance Autre et lui redonner ainsi accès à toutes les capacités de son inconscient. Il s’agit alors pour lui de découvrir la parole qui se cache en chacun et nous manipule à notre insu, comme le disait Lacan : « qu’on dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s’entend ». Derrière ce que l’on dit, le psychanalyste entend autre chose, ce qui est caché et agit avec une force implacable sur nos vies. Cette parole refoulée sous la parole consciente, telle les Moires de la mythologie Grecque : crée, déroule et coupe notre avenir.

 

Les nœuds de la parole inconsciente, tissés de fils de mots et de lettres constitue la réalité psychique de la personne qui consulte. Ainsi le psychanalyste se déplace-t-il avec ses patients dans leurs fantasmes, dans leurs symptômes, leurs souvenirs, et les aide à dénouer les perceptions qui les emprisonnent puis à en renouer d’autres selon leurs désirs. C’est un mouvement et une transformation perpétuelle dans l’inconscient, incluant ouverture puis fermeture puis ré ouverture, mouvement infini, toujours nouveau.

 

A titre d’exemple, nous pourrions prendre cette image accompagnée d’un petit texte (1), offerte par l’un de mes patients qui a compris ce qui se joue en séance. Pour lui, et il ne s’y est pas trompé, cette image mettant en scène un ruban avec lequel tout se joue au niveau des nœuds est bien celle du travail du patient qui avec l’aide du psychanalyste crée, dénoue puis renoue les fils de sa parole inconsciente afin de trouver enfin un soulagement, une satisfaction dans sa vie réelle et consciente. Il ne confond alors plus conscient et inconscient.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) Cela aurait pu être n’importe quelle religion mais c’est celle-ci que le patient a choisi

 

 

 

Difficile ici de ne pas faire un parallèle avec le symble du Dieu Indou Ganesh qui sans identité (avec une tête d’Eléphant sur un corps humain) tient dans une main une hache, dans une autre un nœud coulant et porte autour de son cou le collier des 50 lettres de l’alphabet sanskrit.

Encore une illustration parfaite du travail de l’inconscient qui coupe le langage avec le son, les associations libres, les lettres et les mots… et le renoue autrement, avec un autre sens, qui aboutira alors à une autre réalité psychique propre à chacun et à son plaisir (toujours renouvelé) grâce à toutes les lettres qui lui sont offertes. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Du côté des sciences, une étude récente menée par une équipe de chercheurs internationaux (allemands, américains et canadiens), publiée début juin 2013 dans l'American Journal of Psychiatry, explique que les traumatismes modifient l'ADN (donc nos comportements) et que la mémoire traumatique peut être traitée en étant transformée en mémoire autobiographique, c'est à dire : en redonnant un nouveau sens à ce qui a été vécu, à ses mots, à sa vie. C'est exactement ce que fait le patient avec son psychanalyste.