« L’Œdipe illustré »

 

 

ou « Illustre/est ton Œdipe »

 

 

et en topologie Lacanienne : « ton nœud, deep (profond en anglais), est illustre »

 

 

 

 

 

Rien que par les jeux de mots ci-dessus nous venons d’illustrer ce qu’est la parole inconsciente. Nous aurions pu faire d’autres jeux de mots, chacun y verra d’ailleurs le sien et c’est bien là l’important.

 

"L'inconscient parle"  comme l'enseigne Lacan (Lacan, Radiophonie in Autres Ecrits p435) mais il s’agit ici d’une dimension de la parole qui ne relève pas de la raison, et donc du langage conscient comme vous l’aurez compris.

 

Parmi les jeux de mots portant sur le titre de cet article, nous aurions aussi pu dire : « le petit e deep » qui n’aurait rien eu à voir non plus avec le mythe d’Œdipe. L’étymologie de la lettre « e » étant « louange » en hébreu, le titre serait alors devenu le suivant : « la petite louange de la profondeur ». Car dans l’Inconscient, qui est structuré comme un langage : « A » peut être égal à « Non A » (1)!

 

La parole de l’inconscient est une parole paradoxale, qui va par delà notre propre parole consciente et qui est, lorsqu’elle est écoutée, profondément libératrice et créatrice. Par contre, cette parole nous manipule quand nous ne l’écoutons pas, et cette manipulation peut nous mener à notre insu au meilleur (chance, amour, joie de vivre…) comme au pire (échecs sentimentaux, professionnels, angoisse, phobies, dépression…). C’est pourquoi il vaut mieux « bien s’entendre » avec son Inconscient…. Et pour l’entendre les moyens offerts dans le cabinet du psychanalyste sont nombreux : associations libres, phonèmes, anagrammes, oxymores, contrepèteries, lapsus….

 

Freud n’a pas imposé l’Œdipe à ses patients, ce sont eux qui le lui ont raconté sur le divan à leur insu. Ainsi pour la psychanalyse, « l’Oedipe est-il le centre nucléaire de toutes les névroses » (2).

 

Je vous propose de relire ce mythe, dont tout le monde connait à présent les étapes tous en l’illustrant de cas de patients (dont j’ai bien entendu obtenu le consentement avant de publier cet article).

 

 

 

Première étape : L’abandon

 

Œdipe est le fils non désiré de Laïos (son père) et de Jocaste (sa mère), couple royal de la ville de Thèbes. Un Oracle prédit à Laïos que s’il avait un enfant, celui-ci tuerait son père. Il était donc bien logique de ne pas en désirer ! Ainsi Œdipe est-il abandonné par ses parents. On lui lie les pieds pour qu’il ne puisse pas se déplacer. Oedipe signifie en grec ancien Οἰδίπους / Oidípous : « pieds enflés ».

 

Quelques exemples :

 

  • Monsieur S arrive complètement déprimé à sa séance, peu à peu il me raconte sa journée : « alors voilà, je ne sais pas très bien où j’en suis là, rien ne va, mon patron m’a gueulé dessus toute la journée, ma femme n’est jamais contente, vraiment tout fout le camp, ma vie fout le camp. J’ai même loupé mon RER pour venir ici tiens ! »

 

  • Madame L me dit être complètement déprimée, « je me demande pourquoi je vis, personne ne me regarde, personne ne me voit, autant disparaître puisque je n’existe pas…»

 

Le pied est la symbolique du désir, il porte nos pas, il nous mène. Et le fait qu’il soit enflé, comme prêt à exploser, semble d’autant plus illustrer le refoulement du désir inconscient dans cette première étape. Les exemples ci-dessus nous en parlent directement, nous sommes souvent face à ce phénomène d’abandon dans nos vies. Un « a » qui signifie « privé de »  et « bandon » qui équivaut au pouvoir » Dans cette étape de l’Œdipe nous nous trouvons donc privés de notre pouvoir sur l’autre, ce lien a été détaché, nous  n’avons plus la main et sommes à la merci des dangers car nous ne sommes plus aimés, plus protégés….Dans cette étape, nous ne pouvons plus nous nourrir de ce qui nous nourrissait précédemment. Nombreux sont les moments comme celui-là dans nos vies. Ces moments, heureusement, se traversent et amorcent les changements.

 

 

 

Seconde étape : la rencontre

 

Œdipe est recueilli par le couple royal de Corinthe qui justement n’avait pas d’enfant. Il est ainsi choyé, entouré etc.

 

Quelques exemples :

 

  • Monsieur R me raconte sa soirée de la veille. Il sort de chez lui pour aller au restaurant rejoindre des amis. Il est préoccupé car n’a pas trop d’argent à dépenser pour un dîner au restaurant…sur le chemin, lui qui ne ramasse jamais rien par terre, voit un carnet sur le sol quasiment sous son pied, il se baisse et découvre un carnet plein de tickets restaurant ! Il invite donc ses amis à dîner. Après le restaurant sur le chemin du retour il voit une échelle sous un banc, il en cherchait « justement » une depuis quelques semaines pour sa bibliothèque. Il pense qu’elle est attachée, ce n’est pas possible une échelle toute neuve comme ça par terre. Il regarde, non, elle est libre et « à personne » ! Il s’avère qu’en plus elle est très légère et il décide donc de la ramener chez lui.

 

Qui n’a pas connu la chance d’une rencontre, la rencontre avec son désir ? On appelle « Tuché » la bonne fortune, le hasard heureux, « c’est la rencontre du Réel » (3) ou encore du Ça (4).

 

 

 

 

Troisième étape : le doute

 

L’histoire se poursuit dans la joie jusqu’à ce qu’un jour, un ivrogne insulte Œdipe et le traite de : « fils supposé ». Ses parents assurent à Œdipe qu’ils sont bien ses parents mais le doute est semé. Suis-je réellement l’enfant de mes parents ? Qui suis-je ? Et quels sont mes désirs ?

 

« Pour examiner la vérité il est besoin, une fois dans sa vie, de mettre toutes choses en doute autant qu'il se peut. » (5)

 

  • Monsieur S veut créer sa société depuis longtemps, il a quitté son emploi et c’est lancé dans cette aventure soutenue par un désir très ancien. Mais après avoir changé ses repères il doute tout à coup du fondement de ce désir….Est ce bien mon désir au fait ? Je n’ai plus personne qui me dise quoi faire donc…ai-je vraiment envie de faire cela de ma vie ? Il n’ose alors plus agir et commence à déprimer jusqu’à découvrir que son désir avait été élaboré autour de l’instant de la création de son entreprise mais n’avait pas été plus loin dans son développement. Son désir s’était appuyé sur la contrainte ancienne de son emploi de salarié, une fois libéré de cette contrainte, il ne savait donc plus comment avancer. Il lui a fallu se refixer des objectifs clairs, sans contrainte si ce n’était sa peur de se lancer, afin de pouvoir retrouver son moteur et se rediriger, seul cette fois, vers ce qu’il souhaitait.

 

Le doute est une division et il nous faudra nous diviser (ou « viser le bon dit »), aller au bout de cette division, de ses questionnements, afin d’y trouver un vide inconscient libérateur et créateur qui nous permette de vivre nos désirs sans en être les esclaves. Pour ce faire il va nous falloir chercher à travers les maux que nous vivons, les mots qui nous manipulent en sous main.

 

En changeant leurs sens, leurs représentations nous allons ainsi nous libérer des pièges de notre inconscient. A ce patient je demandais :

 

« Qu’est ce que votre entreprise, le mot entreprise pour vous ? en sortant du sens conscient de ce mot bien sûr » Il me répondit « Être entre deux prises ? Je suis dans le vide en fait ». Exactement ! C’était sa position, dans le no man’s land du non désir, dans le vide conscient, soit en fait un trou dans lequel on tombe, une position dépressive en somme : plus d’activités, plus d’envies, fatigues physique et psychique excessives….

 

Il faut bien voir à la fois le côté conscient et le côté inconscient des événements de manière à s’en libérer. Je vous rassure, ce patient va très bien aujourd’hui et a bien développé une entreprise florissante.

 

 

 

 

 

Quatrième étape : le refoulement

 

Œdipe toujours en prise au doute interroge l’oracle de Delphes : qui suis-je ? lui demande t-il.

« Tu es celui qui tueras son père et épousera sa mère !» Œdipe prend la prédiction au pied de la lettre et en « homme de bien » ne veut bien entendu pas réaliser l’oracle. Ces images lui font peur et il fuit la ville de Corinthe

 

  • Madame A : j’avais la barre au ventre la dernière fois que je suis venue vous voir, elle est partie ensuite….Et aujourd’hui je l’ai à la tête ! Je suis épuisée et je me rends compte que j’ai une certaine recherche de perfection qui me pousse à faire beaucoup, je mets « la barre haute » ! Ah oui tiens, j’ai mis la barre haute,…dans la tête donc !

 

Les paroles de la Pythie (de l’oracle) s’expriment en signes (6), elles enlèvent le sens unique des mots (le signifié), et en ouvrent tous les sons (les signifiants).

 

Comment fait-elle cela ? C’est l’un des plus grands principes de la psychanalyse Lacanienne, dans l’inconscient, il ne faut pas prendre les mots « au pied de la lettre ». Il ne faut donc justement pas se résigner à la lettre, mais bien l’interpréter car nous ne sommes, du point de vue de l’inconscient, que du « parl’être » (des objets produits, parlés, par les lettres).

 

Ainsi, tuer son père signifie t-il ici : tuer le sens des mots, et épouser sa mère : jouir des signifiants de ces mots, de leurs sons.C’est exactement ce que nous faisons en séance dans le cabinet de l’analyste.

 

Pourquoi le cadre de la séance est-il si important ?

Parce que cette étude du langage que nous accomplissons est refoulée par notre système conscient.

« Heureusement », car nous ne pourrions vivre en étant conscients de tout ce qui se passe en nous à chaque seconde, de toutes les informations que nous ingérons, associons, assimilons. Et d’un autre côté, « malheureusement », lorsque nous ne pouvons plus fonctionner et avons besoin d’un changement que nous ne pouvons opérer seul. Nous ne voulons pas entendre les différents sens et sons de ce que nous disons, car nous voulons être.

Et si les mots ne sont plus ce qu’ils étaient, comment saurions-nous qui nous sommes, ce que nous vivons… si l’on est même plus certains de ce que l’on dit ?

Et se faisant, refoulant le langage inconscient que nous produisons pourtant sans arrêt, nous finissons par l’incarner dans notre réalité, en chair et en os !

 

 

 

Cinquième étape : le meurtre

 

Sur la route, en fuyant loin de ses parents pour ne pas réaliser l’oracle, Œdipe se retrouve à un carrefour. Il y croise le char de Laïos avec qui il a une altercation qui tourne au drame. Au cours de ce combat : Œdipe tue son père sans le savoir.

 

 

  • Monsieur S : je ne veux pas être en colère contre ma femme, si on se dispute encore là je sens que ce sera la dernière fois, …. Monsieur S refoule donc sa colère, de mois en mois. Il la refoule tant et bien que 3 mois plus tard il tombe amoureux d’une connaissance et quitte sa femme.

 

 

  • Monsieur S réalise ainsi ce qu’il fuyait. Il ne voulait pas provoquer une dispute supplémentaire et en fuyant cette dispute qui aurait pu mener au divorce….il rencontre quelqu’un, provoquant ainsi cette séparation autrement. L’expression du refoulé peut prendre de multiples formes dont celle bien connue du passage à l’acte et ainsi accomplit-on ce que l’on fuyait, le contraire même de notre souhait conscient. On ne peut construire qu’en détruisant. Monsieur S aurait donc également pu faire le choix de tenter de détruire l’objet des disputes avec sa précédente femme et ainsi faire évoluer leur relation.

 

 

 

Sixième étape : le déchiffrage de l’énigme

 

Œdipe tue ensuite le Sphinx, monstre qui faisait régner la terreur sur Thèbes, en répondant à l’une de ses énigmes sans en avoir conscience : par le biais d’un jeu de mots, le Sphinx pense qu’Œdipe a trouvé la réponse à l’énigme et se tue. Thèbes est alors délivrée.

 

  • Madame N : Après des mois de chômage et de recherches, c’est sans trop y croire que j’ai répondu à cette petite annonce, le descriptif de poste était assez riche, vaste, ce poste avait l’air beaucoup trop haut pour moi. Mais je ne sais pas pourquoi, les entretiens se sont super bien passés et c’est sur ce poste là que ça a marché ! J’ai enfin retrouvé du travail !

 

Ainsi réussissons-nous certaines étapes de nos vies sans même savoir comment, cette étape du mythe d’Œdipe nous montre aussi que les conséquences de ces réussites sont cohérentes avec un désir inconscient car l’Œdipe, c'est-à-dire : le/dit/peut ! Sans même que nous nous en rendions compte, nous suivons donc nos désirs conscients, et si ils sont cohérents avec nos désirs inconscients : ça marche tout seul !

 

Dans ce cas tout est parfait dans le meilleur des mondes et nous ne nous posons donc aucune question de préférence car nous ne souhaitons aucun changement à ce cercle vertueux.

 

Mais souvent ce sont les questions qui viennent à nous : deuil, rupture, maladie, perte d’emploi…et nous voyons alors si nous sommes capables ou non de les traverser de nos réponses et comment.

Nous allons voir plus loin que malheureusement pour Œdipe qui refoulait son désir inconscient, car ne le comprenant pas, celui-ci se réalise encore une fois…

 

 

 

Septième étape : l’inceste

 

Œdipe devenu le libérateur de la ville de Thèbes par la résolution de l’énigme du Sphinx doit alors  épouser Jocaste la reine de la ville.

 

  • Mademoiselle H : j’ai rêvé de la mer cette nuit, enfin je veux dire, de ma mère. Remarquez en associant librement comme vous dites j’aurais aussi pu dire : m’air, mon air, maire, faites moi de l’air ! Ah oui, c’est vrai ça, ma mère m’étouffe carrément en ce moment je dois dire !

 

L’origine du mot inceste dont l’origine est « incestus » en latin, qui signifie : souillé, impur…sale. Il illustre dans l’inconscient, donc dans le langage : la transgression d’une loi afin d’éviter la répétition du toujours même évènement, créant ainsi une répétition mortifère.

 

La loi de l’inconscient est ici à comprendre comme étant celle du « sans loi », du « sans mesure », qui permet de changer et de produire toutes les autres formes de lois : les lois conscientes symboliques (lois des hommes) et physiques (lois de la nature).

 

Si l’on refoule le « sans ordre» de l’inconscient, les lois du conscient sont poussées vers le pire et nous voilà incapables de la moindre souplesse d’adaptation, d’interprétation, nous n’avons plus qu’une version de chaque chose et gare alors à celui qui ne serait pas d’accord avec nous !

Ainsi le « désir d’inceste » qui n’est au départ que la métaphore du « désir de coupure des mots », s’incarne t-il lorsqu’il n’a pas été entendu.

Pour Œdipe il est incarné dans le conscient au plus haut niveau mais les degrés et les sujets d’illustration sont en fait innombrables : les enfants (quels que soient leur âge) ayant du mal à se séparer de leurs parents, les victimes de harcèlement, ….

 

 

Huitième étape : le pouvoir par refoulement

 

Œdipe trouve Jocaste merveilleuse, la ville de Thèbes est florissante. Il est maître de lui comme de son royaume et de sa famille. Il croit avoir échappé à l’oracle, à la mort qui pourrait s’apparenter : au sans mesure que nous refusons de voir entre les mots, au vide infini, soit : à la parole inconsciente.

 

  • Monsieur F : bon eh bien j’ai décidé d’arrêter mon analyse ici. J’ai trouvé un nouveau travail, c’était mon but et je vous remercie pour le travail que nous avons effectué.

     Moi : « Vous savez que ce travail n’est pas fini ? ».

     M.F : « Oui, je vois ce que vous voulez dire, en effet j’étais venu vous voir pour travailler sur mon couple au départ   mais finalement ça va aller, maintenant que j’ai mon nouveau job je suis un autre homme ! »

 

Vous l’aurez compris, en lieu et place de « travailler » sur son couple monsieur F a trouvé un nouveau travail au sens propre comme au figuré. Nous ferions tout pour ne pas voir l’inconscient car nous avons peur d’entendre nos désirs qui ne sont pourtant que de l’ordre (ou plutôt du désordre) du langage et, du coup, nous croyons à ce qu’il nous fait croire.

 

Alors nous nous distrayons, nous changeons les idées», faisons la fête, tentons tous les moyens possibles  pour essayer d’oublier (alcool, drogue, sport à outrance, dépendances…), de passer à « autre chose », nous convaincre que le passé est le passé etc.

 

 

 

Neuvième étape : la maladie en tant que retour du refoulé

 

Tout se passe toujours pour le mieux dans la vie d'Œdipe quand tout à coup : la peste tombe sur Thèbes ! Pour que l’innommable disparaisse l’oracle demande que soit découvert l’assassin de Laïos. Œdipe, le bienfaiteur de sa ville, se charge de l’enquête.

 

  • Monsieur N a trouvé un « super » travail à sa fille qui souhaite devenir artiste peintre et passe actuellement les concours d’entrées aux beaux arts. Ce travail se situe dans une mairie avec des horaires fixes, un environnement stable, des collègues qui ont l’air très sympa. C’est un ami à lui qui a pensé à sa fille pour ce poste  ce gars là est super, elle va l’adorer, ce sera son chef au service…comptabilité.

 

Cette étape ci nous montre qu’à souhaiter « sauver l’autre » dans le conscient, on risque bien souvent de faire l’inverse ! Inutile de vous dire que la fille de Monsieur N a refusé tout net son offre et qu’elle a, il en a convenu un peu plus tard, certainement bien fait….

 

 

 

Dixième étape : la culpabilité

 

Lorsque Jocaste raconte à Œdipe les circonstances et détails de la mort de Laïos, Œdipe commence à se demander si il ne serait pas le coupable…Survient la mort du roi de Corinthe (Polybe) et Œdipe apprend que celui-ci n’était pas son vrai père. Le puzzle se forme et Œdipe découvre qu’il est coupable de tout ! Il n’a rien fait de son plein gré mais a tout exécuté.

 

 

  • Mademoiselle F :

Je ne comprends pas, je suis quelqu’un qui réussit plutôt bien dans le travail, quelqu’un de plutôt équilibré, mais tous les trois ans environ, c’est un cycle imposé on dirait, je tombe amoureuse d’un autre homme et suis amenée à quitter le précédent. Qui au final s’avère ne pas être le bon, encore une fois.

 

 

Jocaste s’écrie alors : « Malheureux puisses-tu ne jamais savoir qui tu es » (1219). Au contraire…si Œdipe n’avait pas refoulé mais interprété les dires de l’oracle, il ne l’aurait pas incarné ! Toutes les tragédies Grecques ont recours à l’ambigüité des mots comme moyen d’expression et comme mode de pensée. Ils savent que la langue nous fait dire des choses qu’on ne sait pas que l’on dit et nous devons ensuite gérer le déchaînement des différentes pestes qui nous tombent pour ainsi dire dessus. L’analysant va progressivement découvrir qu’il est dans bien des cas, sans rien faire consciemment, l’un des artisans actifs de son propre malheur dont il ne sera tout comme Oedipe : pas responsable, mais coupable….

 

 

 

 

Onzième étape : la mort comme libération

 

Les méfaits d’Œdipe révélés, Jocaste se pend et Œdipe se crève les yeux, il verra à présent le refoulé qui s’observe sans voir. Il est chassé de son royaume, bannit, exclus. Il passe de statut de héro au statut de paria.

 

  • Monsieur J : J’étais le héro de mes enfants, avec ce divorce je suis leur bourreau

 

  • Madame F :

Ma boss me voyait comme sa sauveuse, son bras droit, maintenant que j’ai fait cette malheureuse erreur elle ne me fait plus confiance et mes collègues me regardent de travers, je vais devoir changer de job je crois.

 

 

      « L'homme meurt une première fois. À l'âge où il perd l'enthousiasme.» - Honoré DE BALZAC

 

C’est à cet âge, à l’âge où l’on fait face et que l’on ne refoule pas, que nous réinterprétons autrement les évènements en sortant un instant de nos perceptions conscientes, que nous faisons alors mourir notre Oedipe et que nous nous sauvons nous même.

 

Notre Œdipe doit donc …mourir à temps !

 

 

 

 

Douzième étape : la prospérité malgré soi

 

Un oracle annonce alors que là où Œdipe mourra, la prospérité sera exceptionnelle. Sa dernière phrase est : « C’est donc quand je ne suis vraiment plus rien que je deviens vraiment un homme ». En effet, en psychanalyse, la prospérité est la disparition de l’Œdipe (Freud , 1924).

 

  • Monsieur L : Depuis que j’ai associé en séance sur le mot « boite » (prison, bourreau, enfermement, cercueil, tristesse…) je n’ai plus peur de créer mon entreprise. Mon « entre/ prises », effectivement là, entre les prises, on ne peut plus me coincer, m’attraper avec des contraintes, des peurs etc.

 

L’Inconscient est structuré comme un langage (Lacan). Il y a trois dimensions du langage : le langage conscient (exemple dans le cas de monsieur L : je veux créer mon entreprise), le langage pré conscient (exemple : mon père avait sa propre entreprise je pense que c’est pour cela que ce désir est apparu quand j’avais 15 ans…) et le langage inconscient : on y utilise la scansion ou coupure pour changer le sens du mot et ainsi « tuer son père » c'est-à-dire en psychanalyse : le sens des mots.

 

C’est dans cette dernière dimension qu’une entreprise peut devenir par exemple une entre/prises comme l’a associé Monsieur L. Ce dernier langage est celui de l’Œdipe où encore « le dit peut » et permet notamment de dépasser nos résistances : le refoulement, le transfert, la répétition, la culpabilité, les petits bénéfices.

 

Résistances qui nous poussent à ne rien changer de nos vies et à fuir notre inconscient car une fois que celui-ci s’exprime, elles cèdent enfin nous permettant de commencer une nouvelle vie.

 

 

 

  1. Expérience du chat du physicien Erwin Schrödinger en 1935 illustrant la mécanique quantique

  2. Freud, "Névrose, Psychose et Perversion", p 243

  3. Lacan, "Les quatre concepts de la psychanalyse", p.53

  4. Seconde topique de Freud (Ça, Moi, Surmoi)

  5. René Descartes, "Les Principes de la Philosophie", Première partie, Des principes de la connaissance humaine (AT IX, ii, 25)

  6. Fragments, Héraclite, (93)