Critique psychanalytique du film : « OUF »

 

 

 

Synopsis :

 

À 41 ans, François a tout pour être heureux : une femme, deux enfants, un bel appartement.
Mais après un énième dérapage incontrôlé, suivi d'une mise au vert à l’hôpital psychiatrique, Anna, l’amour de sa vie, le met à la porte.
Ballotté entre un père qui l'infantilise, une mère psychanalyste qui le reçoit entre deux patients et une meilleure amie au bord de la crise de nerfs, François n’a plus qu’une seule idée en tête : reconquérir Anna…

 

 

Explication topologique Lacanienne du cas de François :

 

Avant de continuer la lecture de cet article, je tiens à préciser qu’il n’y a absolument aucun jugement dans cet article concernant les agissements et personnalités des personnages du film où chacun pourrait d’ailleurs se reconnaître. Car chacun a son histoire et agit selon ses possibilités conscientes et inconscientes. Et comme vous le savez déjà, si vous êtes familiers de l’inconscient…nous sommes bien loin de tout contrôler dans nos vies ! Pour preuve, qui pourrait se targuer de contrôler : ses rêves, cauchemars,  lapsus ou actes manqués ?

 

Le film « OUF » peut être intéressant dans l’illustration des épisodes psychotiques et du mouvement de l’inconscient.

Nous ne savons pas d’où proviennent les dérapages psychologiques de François dans le film car nous n’avons pas de détails concernant les « déclencheurs » de ses crises, mais il y a fort à parier que les instances Surmoïques de son Inconscient soient assez menaçantes pour son identité pour qu’il les rejette, cela déclenchant des crises en conséquence.

Ces épisodes de rejet le précipitent dans un état psychotique, et plongé dans son délire il ne peut se contrôler, voir la réalité de la femme qu’il aime (il menace entre autre de la frapper lors de sa dernière crise…) ou tout autre élément positif de sa réalité consciente (ses 2 enfants, l’amour de ses parents, le plaisir narcissique d’être désiré par une amie riche héritière…).

 

Les parents de François sont omni présents, ils le soutiennent mais l’infantilisent aussi sérieusement. Le père appelle son fils « mon canard » et le prend encore clairement pour un enfant. La mère quant à elle paie les séances de psychanalyse de son fils, substituant ainsi la valeur du discours inconscient de François à la sienne. On comprend aussi lors de l’une scène du film que François a suivi durant des années les séances des patients de sa mère depuis les toilettes de l’appartement de celle-ci et à la connaissance de celle-ci. Sans même parler de l’éthique de cette autorisation à violer la confidentialité psychanalyste/patient, on peut au moins par ce biais voir s’exposer une sérieuse tendance fusionnelle entre mère et fils. Tu peux écouter mes séances et je paie les tiennes équivaut dans l’inconscient à dire : il n’y a pas de distance entre toi et moi, tu es moi.

Ce qui pour l’identité du sujet, ici François, peut être perçu comme une menace qui déclenche une défense se traduisant par des crises psychotiques. Le père de son côté infantilise totalement son fils, de quoi renforcer encore l’image surmoïque inconsciente et sa menace de fusion avec les autres instances psychiques : le moi et le ça. Si le Surmoi fusionne avec le ça et rejette le Moi inconscient nous entrons dans la structure psychique du Pervers et si le Surmoi fusionne avec le Moi nous sommes dans la structure du Névrosé.

 

Pourtant François parait mener une vie à peu près équilibrée ses crises mises à part : une femme, deux enfants,…on ne nous parle toutefois pas de son travail. Ses épisodes psychotiques l’ont coupé de tous ses amis excepté de sa meilleure amie qui est folle de lui, oui, mais aussi un peu folle tout court ! (à forte tendance hystérique).

Ce qui lui permet tout simplement de ne pas avoir peur des crises de François et lui donne le sentiment de le comprendre, d’être la femme de sa vie. La femme qui aimerait le sauver aussi. Mais il ne se laisse pas sauver par quelqu’un, cela renforcerait le Surmoi inconscient il va retrouver son petit autre, Anna, qui peut l’aider à se retrouver lui même.

 

Les traits névrotiques de François lui permettent de créer des liens solides avec sa femme, elle-même névrosée. Cependant celle-ci est sur le point de le quitter car elle ne supporte plus ses crises.

Elle tient la distance et son désir de séparation jusqu’au moment où elle semble se rendre finalement compte que son désir, à elle, est celui de rêver, et François, grâce à ses capacités délirantes qui prennent des tournures charmantes dans les temps hors crise, la fait rêver !

 

Nous pourrions voir le système global décrit par le film comme un nœud borroméen :

 

  • François représentant le Ça : la folie, les pulsions, le sans limite

  • Anna le Moi : l’identité

  • Les parents de François : le Surmoi : les instances parentales, sociétales, morales etc

 

A la fin du film, François et Anna se retrouvent formant à eux deux, temporairement, une structure psychotique, ils sont dans leur fantasme, comme nous le sommes un peu tous parfois, et rejettent momentanément les autres, ils partent au bout de leur désir : « là où ils vont s’embrasser ». François pose une couronne sur la tête d’Anna, telle une princesse, celle-ci l’accepte, nous nous retrouvons dans un conte de fées moderne.

 

 

Conclusion « OUF » un film thérapeutique ? :

 

Cette dernière image du film pourrait bien illustrer la folie que chacun de nous connait un jour en entrant dans le fantasme d’une passion, d’un amour, d’un art, d’une inspiration….se réconciliant ainsi avec ses pulsions, ses désirs, ses rêves.

Nous ne nous en rendons la plupart du temps pas compte mais dans ces moments là comme disait Lacan, sommes tous un peu : « psychotiques sans les symptômes ! » et tout redevient possible, pour le meilleur de notre vie.

Ce film illustre alors ce que l’on peut ressentir dans le cabinet de l’analyste où tout peut enfin se redéfinir à l’infini.

Et le symbole de l’infini étant aussi celui du « nœud de l’angoisse » en topologie Lacanienne, cela explique le fait que nous refoulions notre désir dans un premier temps puis que ayons ensuite besoin, après l’avoir élaboré et exprimé, d’y poser nos limites.