Analyse des rêves

 

 

 

 

Selon la psychanalyse, nous sommes parlés et manipulés à notre insu par le langage. C’est l’association libre, libre des sens et de la nature des mots, qui en jouant sur les mots va nous permettre de transformer nos comportements et de nous en libérer.

 

Elle consiste, à partir d’un mot, à dire tous les mots qui nous viennent à l’esprit sans se censurer, ni se juger. On peut également jouer avec le mot en faisant des anagrammes, des métonymies, en séparer les lettres, jouer sur sa phonétique ou tout simplement : jouer sur les mots, l’objectif de l’association libre étant en premier lieu le changement de sens du mot d’origine.Nous tuons donc le sens initial du mot sur lequel nous associons, ce qu’on appelle en psychanalyse : « tuer son père » (qui n’a rien à voir bien entendu avec le père du conscient, de la réalité).Les nouveaux mots et nouveaux sens qui apparaissent sont inconsciemment liés au premier, cela même et surtout si aucun rapport ne peut être établi de manière logique ou consciente, entre un mot et un autre.

 

Dans le cadre de la cure analytique tout comme en thérapie analytique, tout est analysé et interprété car tout à un sens : retard ou avance à la séance, le choix des mots employés pour s’exprimer…. Les rêves, voie royale vers notre Inconscient, font bien sûr parti de ce que nous analysons en priorité comme toute autre manifestation inconsciente : lapsus et actes manqués.

 

Voici un exemple d’analyse de rêves. Les rêves qui seront exposés ci-après sont apparus suite aux séances précédentes où des lapsus et actes manqués avaient pu être analysés. La patiente a autorisé la retranscription de ses rêves ainsi que leurs interprétations.

 

Madame L , femme, grande et fine aux longs cheveux bruns, fait parti d’une famille aisée. Son père est chef d’entreprise et sa mère a toujours été femme au foyer. Femme d’un esprit très libre, Madame L est toutefois très souvent confrontée au conformisme de son entourage familial et amical.Avec la méthode des « associations libres » appliquée à ses rêves, elle va déclarer, au bout de quelques séances, être désormais en pleine possession de ses moyens et pourra gérer parfaitement les changements qu’elle a décidé de mener à bien dans sa vie professionnelle (un nouveau travail) et personnelle (une séparation). Voici l’analyse de ses derniers rêves.

 

Madame L arrive en séance et se plaint d’être : « trop stressée ».

 

Par stressée nous pourrions entendre S/Tresser, l’étymologie de la lettre S est « Dent », c’est le symbole de la coupure. C’est le stress d’une coupure que nous avons du mal à effectuer avec nous même : la coupure de notre conscient en faveur de notre désir Inconscient. L’écoute de notre Inconscient.

 

Elle s’allonge puis me raconte un rêve, très court, datant de la nuit même :

 

« Je suis dans le métro en route. Il y a un clochard un peu dégoutant qui met son chiffon, ou une sorte de bout de tissu sur la bouche d’un homme. »Je lui demande d’associer sur certains mots de son rêve en pratiquant l’association libre telle que décrite plus haut :

 

=> clochard ? Elle me répond : « un char qui éclot » puis « l’art de la cloche ». On peut en déduire que le clochard représente ici les pulsions que la patiente refoulait jusqu’alors et qui se mettent à éclore à présent. Le char symbolise à la fois la puissance : il est tiré par X chevaux lancés au galop, et c’est également ce qui charrie, c’est à dire le mouvement porteur : les pulsions donc. Nous pourrions aussi rapprocher ce « char » du mot « cher » car si nous retournons la boucle du « a » vers le haut cela donne un « e », c’est donc ce qui est « cher » à la patiente (qu’à t-on de plus cher que sa pulsion vitale par exemple ?) qui éclot et qui donne l’art de la cloche : l’art des sons et donc : de la parole.

 

=> chiffon ? Elle associe : « font chier, fèces ». Les pulsions s’attaquent à présent au Moi Inconscient (la pulsion de conservation) et empêche celle-ci de parler grâce au chiffon. C’est la « vraie » parole qui va pouvoir s’exprimer, pas une parole, pardonnez-moi l’expression : « de merde ! », mais enfin celle des nouveaux désirs de la patiente.

 

=> bouche d’un homme : « tétanise, tête anisée, tête à nier ». L’homme du métro est la part inconsciente de la patiente qui nie les évènements (tête à nier), la part d’elle-même qui est tétanisée (tête anisée)… Les pulsions s’y attaquent donc afin d’y induire de nouveau du mouvement, un changement qui ne peut être que positif pour la patiente qui se sépare d’anciens comportements devenus non désirés.

 

Elle me confirme : je me sentais bien hier soir, j’étais « en confiance comme ce n’est pas permis !»

 

Elle enchaîne ensuite sur un second rêve qu’elle a fait dans un demi-sommeil le week end précédent notre séance :

 

« Eric mon conjoint et Kim une amie sont là, j’ai honte, j’ai un tee shirt sur la tête. J’ai pris une voix d’enfant. Eric essaie des habits de femmes : des escarpins. Il y a plein de gens dans son appartement car c’est son anniversaire.

 

Je vais prendre un bain qui est déjà prêt mais impossible d’être tranquille, une fille parle dans la salle de bains et brise le calme. Je la sors de la salle de bains. Je n’en ai rien à faire de ce qu’elle peut penser, ils m’énervent tous avec cette agitation.

 

Finalement je ne prends pas mon bain »

 

La patiente associe :

 

=> Kim : « qui m’aime ? »

 

=>Tee shirt : « je retiens, shit, heurts »Derrière ces premières associations, nous pouvons déduire que la patiente a peur de s’affirmer. Qui l’aimera si elle ne retient pas les heurts que provoqueraient ses désirs ? Si elle exprime ses pulsions en somme ?

 

=> Escarpins : est-ce que l’art est peint / pain Est-ce que je peux me nourrir de l’art ? De l’art de la parole ? Tous les personnages du rêve représentent la patiente, Eric essaie des chaussures, la chaussure c’est le pied, le pied c’est le désir : la patiente essaie ses nouveaux désirs et se demande si elle peut les vivre, si elle peut désormais s’en nourrir ?

 

=> Anniversaire : âme, servir un verre, nier, nous => les âmes nient le verre qui est servi.

C’est son anniversaire et pourtant les âmes nient le verre qui est servi.

 

=> Bain : bien, nimbé, béni

Le verre qui est servi par les pulsions est nié, refoulé par la patiente, de même qu’elle ne va pas non plus aller prendre son bain dans ce rêve…Car le « bain », c’est ce qui représente pour elle le : bien, le nimbé, le béni, mais, elle n’en veut pas encore….

 

Car réussir à prendre son bain dans un endroit où tout est agité reviendrait à accepter la jouissance du désordre, celle de ne pas tout contrôler et cela elle ne le souhaite pas encore.

 

Les pulsions s’illustreront par la suite dans le rêve du clochard comme prenant le dessus dans l’inconscient. Ce qui est très positif pour la patiente car les pulsions ainsi défoulées dans son rêve lui permettent aujourd’hui d’avoir un grand contrôle dans ces mêmes pulsions dans le conscient.

 

Une fois le rêve interprété, la patiente est ressortie de la séance totalement sereine et soulagée avec une grande joie à vivre les changements qui se déroulaient dans sa vie.

 

Cet état semble définitif.